09 Novembre 1989

9 novembre 1989, la folle nuit

Certains jours comptent plus de 24 heures et certaines heures valent l’éternité. Là où les destins se croisent dans un périmètre dérisoire. Le jour J naît dans une salle de presse avec une bourde magistrale et s’achève dans la nuit dans une magistrale bousculade. Entre les deux, un fragment d’histoire qui ouvre une nouvelle ère géopolitique.
Par Gérard Conreur, France Culture.

9 novembre 1989 - 16h20 Checkpoint Charlie, Berlin-Est 
Günter Moll, 47 ans, commandant de la garde est-allemande s’apprête à finir son service. Il sort de son poste et à travers ses jumelles, jette un rapide coup d’œil à la partie occidentale de la ville, vers le Café Adler. Il fait ce boulot depuis 28 ans, sans état d’âme.
17h05, Moll transmet les consignes habituelles à son adjoint. Sa voiture démarre empruntant la Friedrichtstrasse bien sombre à l’Est où de nombreux immeubles portent encore les traces de la guerre. Au même moment, au Café Adler sur  Friedrichtstrasse, Astrid, la serveuse, regarde vers l’Est et songe, une fois de plus, à la tristesse de ce paysage sans couleur. Elle est étudiante en art et fait ce boulot pour payer ses études.

17h30, Quartier des officiers américains, Dahlem, Berlin-Ouest
Bernie Godek, major de l’armée américaine prépare des hotdogs pour fêter l’anniversaire de son fils qui a 9 ans aujourd’hui. Bernie vit à Berlin depuis 7 ans. Son job consiste à espionner les gardes est-allemands et à repérer toute activité anormale le long du mur. Il n’a jamais révélé à personne ses activités exactes. Pas même à sa femme. Elle ne sait rien et préfère ne rien savoir. Aujourd’hui, il était à Checkpoint Charlie pour filmer les ouvriers est-allemands qui consolidaient les flancs extérieurs du mur. Bernie a remarqué la nervosité des gardes. Pourquoi ce chantier ?

18h00, Friedenallee, Berlin-Est
Günter Moll pousse la porte de son appartement où l’attendent sa femme et sa petite fille. Ce soir, il compte regarder le match de foot à la TV. Sa femme et lui sont d’origine modeste mais ils font partie de ces citoyens modèles qui ont gravi les échelons et bénéficient aujourd’hui de nombreux avantages telle l’éducation gratuite pour les enfants dans un état providence omniprésent.

18h30, Kurfürstendamm, Berlin-Ouest
Sur cette longue avenue de Berlin, c’est une soirée comme les autres. Il y a beaucoup de monde dans les magasins, les cafés et les bars. Les restaurants se remplissent. A Checkpoint Charlie, le sergent Costas de l’armée américaine surveille les mouvements des gardes est-allemands mais de l’autre coté du mur souffle un vent d’espoir. Le gouvernement est-allemand donne une conférence de presse pour débattre de la crise des réfugiés. Günter Schabowski, le porte-parole du Politburo s’adresse à la presse britannique : « J’espère que nos concitoyens seront de plus en plus convaincus qu’il vaut mieux pour eux qu’ils restent ici car le processus de réforme de notre société commence à porter ses fruits ». A la télévision, Schabowski semble indifférent. Moll ne pense à rien d’autre qu’au match de foot qui va suivre. Cette conférence de presse, pense-t-il, c’est la gesticulation habituelle.

19h05, Centre de Presse international, Berlin-Est

Cette fois, il y a beaucoup plus que de la simple gesticulation. Schabowski déclare qu’à compter de ce jour, une nouvelle loi autorise les Allemands de l’Est à circuler librement hors des frontières du pays. Schabowski semble avoir annoncé l’impensable : les postes frontières le long du mur vont être ouverts ! L’assistance médusée marque le silence puis un journaliste demande à quelle date la loi entrera en vigueur. Schabowski : « autant que je sache, immédiatement… » En réalité, la loi doit entrer en vigueur le lendemain, Schabowski a commis une bourde mais il est trop tard. Les choses ont été dites.

20h20, dans les rues de Berlin
Quelques dizaines, centaines et peu à peu des milliers d’Allemands, des deux cotés du mur, descendent dans la rue et convergent déjà vers les points de passage. A Checkpoint Charlie, le sergent Brown est rejoint par le major Bernie Godek. Il n’a pas entendu la conférence de presse et ignore que les gens attendent l’ouverture des frontières mais il sent qu’il se passe quelque chose d’historique et il se met à redouter un quelconque affrontement.

20h30, Checkpoint Charlie
Des milliers de Berlinois se massent au point de contrôle attendant à tout moment que les barrières se lèvent. Au pont de Bornholmer, à Checkpoint Charlie et à un autre point, les gardes Est-allemands semblent figés, sans ordre précis.

21h10, Friedrichtstrasse, Berlin-Est
Günter Moll quitte son appartement et retourne au poste de contrôle. Il est à présent très inquiet tant semble grande la confusion.

21h40, Porte de Brandebourg
Les gardes forment barrage. Une ligne infranchissable. Ils n’ouvriront pas les points de passage. Ils se font apostropher par des civils qui ont entendu la conférence de presse : le peuple a le droit de franchir la frontière sans délai. C’est ce que Schadowski a déclaré à la télévision.

22h25, Friedrichtstrasse
De l’intérieur de sa guérite à Checkpoint Charlie, coté Ouest, le major Godek observe la foule de civils qui enfle. Au-delà, il aperçoit une large rangée de gardes frontières Est-allemands et, parmi eux, la silhouette de Günter Moll : « J’avais aperçu maintes fois cet officier. Ses hommes semblaient avoir du mal à gérer la pression ».
Moll, complètement isolé, tente de joindre au téléphone ses supérieurs pour demander quelles sont les consignes mais en vain.  On lui demande simplement de « maintenir l’ordre ».

23h15 Checkpoint Charlie
Godek continue d’observer la foule croissante et l’attitude déconcertante des soldats Est-allemands. Le téléphone sonne. C’est une radio de New York qui veut interviewer les hommes du poste de garde pour leur faire décrire ce qu’ils voient.
23h55 : les gardes-frontières de l’Ouest observent leurs « collègues » d’en face ouvrir les grilles. La foule franchit les barrières et s’avance comme dans un rêve. Les gardes cèdent sans tirer le moindre coup de feu. Le flux humain se libère. Allemands de l’Est et de l’Ouest sont enfin réunis.
23h58 : les tout premiers Berlinois de l’Est arrivent à Checkpoint Charlie. Bientôt le peuple exprime sa haine d’un mur voué à disparaître sans plus attendre. Chacun y va comme il peut. A coups de pioche, de barre à mines, de masses, de marteau et de burin de toutes tailles.

Chris Gueffroy, Ruhe in Frieden
Il était garçon de café. On prétendait que les vopos (Volkspolizei) avaient reçu l’ordre de ne pas tirer sur les fugitifs. Alors, pour échapper au service militaire obligatoire, il avait tenté sa chance. C’était le 6 février 1989, il fut la dernière victime du mur de la honte. Il avait 20 ans.
 
Gérard Conreur

Récit librement inspiré de la série produite par la BBC « Ces jours qui ont changé le monde / La chute du mur de Berlin ».

Cabestan    05 Novembre 2009
un site pour les Toulousains ( et els autres) par la Bibliothèque de Toulouse : que faisiez-vous le 10 novembre ? + musiques, livres, films à écouter et emprunter + la carte des murs dans le Monde : http://blog.lemurdeberlin.toulouse.fr/index.php
Club photo    05 Novembre 2009
L'expo photo géante des Berlinois et du Mur à l'Université Paris Dauphine Vernissage-performance lundi à 17h15 ! http://bit.ly/3hffAf
wayan44    26 Octobre 2009
savez vous quelles sont les manifestations/concerts prévus 20 ans après?
charlie    26 Octobre 2009
quelle folle nuit ! j'ai beaucoup envié mes amis qui ont décidé de partir a berlin ce soir la, de paris en voiture. je ne l'ai pas fait, je regrette maintenant. Vivre l'histoire en marche, comme c'est exaltant
Les articles sont désormais fermés aux commentaires.
Bonne visite !

Commentaires

un site pour les Toulousains

un site pour les Toulousains ( et els autres) par la Bibliothèque de Toulouse : que faisiez-vous le 10 novembre ? + musiques, livres, films à écouter et emprunter + la carte des murs dans le Monde :
http://blog.lemurdeberlin.toulouse.fr/index.php

L'expo photo géante des

L'expo photo géante des Berlinois et du Mur à l'Université Paris Dauphine
Vernissage-performance lundi à 17h15 !
http://bit.ly/3hffAf

savez vous quelles sont les

savez vous quelles sont les manifestations/concerts prévus 20 ans après?

quelle folle nuit ! j'ai

quelle folle nuit ! j'ai beaucoup envié mes amis qui ont décidé de partir a berlin ce soir la, de paris en voiture. je ne l'ai pas fait, je regrette maintenant. Vivre l'histoire en marche, comme c'est exaltant

édito

par
Jean-Luc
Hees

Chers auditeurs de Radio France et d’ailleurs, bienvenue sur ce site !
Vous le savez déjà, le 9 novembre prochain l’Europe entière commémorera l’un des plus importants événements du siècle dernier : la chute du Mur de Berlin. Premier groupe radiophonique français, acteur incontournable de l’information et de la culture européenne, Radio France se devait, au-delà d’une régulière coopération journalistique et musicale avec ses homologues allemands, d’être aux premières loges.
Afin d’accorder à ces célébrations toute la place qu’elles méritent, les sept chaînes de Radio France (France Inter, France Info, France Bleu, France Culture, France Musique, Fip et le Mouv’) se mettent à l’heure berlinoise, contribuant chacune à un programme unique et exceptionnel de 24 heures, diffusé en direct de la capitale allemande.
Vous trouverez ici de nombreuses informations sur cette édition spéciale – détail des diverses manifestations, débats historiques, concerts en direct, programmation musicale, intervenants prestigieux –, mais également des photos et des vidéos inédites sur les émissions et les coulisses de l’opération.
Vous connaissiez les voix des chaînes de Radio France, mais vous n’aviez encore jamais entendu la voix de Radio France. Nous avons choisi pour la première fois d’unir nos forces afin d’offrir à nos 14 millions d’auditeurs un programme à la hauteur de cet événement capital.
Bonne navigation !