Des brèches au cœur de la guerre froide

Bien des années avant l’ouverture du mur à Berlin, la nuit du 9 novembre 1989, le rideau de fer a été à de nombreuses reprises soulevé et même entr’ouvert. Au fil de la guerre froide, l’affrontement entre les 2 superpuissances se partageant le monde depuis Yalta est jalonné de fissures dans la frontière. En voici les principaux repères chronologiques, en Europe et dans le monde.

Nuit du 12 au 13 août 1961 : La construction.
Pour stopper l’exode croissant des Allemands de l’Est vers l’Ouest - 2 à 3 millions entre 1949 et 1961- et malgré les dénégations de Walter Ulbricht selon lequel : « Personne n’a l’intention de construire un mur ! », 14 500 membres des forces armées Est-allemandes bloquent les derniers points de passage qui donnaient encore accès à Berlin-Ouest.
Le mur est d’abord un réseau de barbelés, mais déjà constitué, par endroits, de blocs de béton liés au ciment. Selon Erich Honecker, secrétaire du Comité Central aux questions de Sécurité, l’ouvrage constitue un « mur de protection antifasciste ».

28 octobre 1962 : fin de la crise de Cuba, Moscou recule
Deux semaines de face à face entre bâtiments américains et soviétiques au large de Cuba – où les russes ont implanté des missiles nucléaires pointés vers les Etats-Unis -  se soldent par le retrait des navires soviétiques, puis des missiles. Les Américains se sont engagés à ne pas envahir Cuba. La guerre nucléaire est évitée de justesse.

26 juin 1963 : Ich bin ein Berliner 
A l’occasion d’un voyage officiel en  République Fédérale Allemande, le président américain John F. Kennedy se rend à Berlin-Ouest et sur la Rudolph Wilde Platz, il prononce le fameux « Ich bin ein Berliner » selon lequel tout homme libre doit se sentir citoyen de Berlin.

17 décembre 1963 : ouverture ponctuelle aux familles
Après de longues négociations, un accord entre l’Est et l’Ouest permet aux Berlinois de l’Ouest de rendre visite pendant les fêtes de fin d’année à leurs parents restés à l’Est de la ville. Du 19 décembre 1963 au 5 janvier 1964, 1 million 200.000 habitants de Berlin Ouest passent de l’autre côté du Mur et revoient leurs familles. L’accord est reconduit en 1964, 1965 et jusqu’à Pâques 1966.

Nuit du 20 au 21 août 1968 : Printemps de Prague
La tentative d'Alexandre Dubcek, 1er secrétaire du PC tchécoslovaque de créer un communisme libéral est écrasée par une intervention militaire soviétique. L'URSS démontre qu'elle n'accorde qu’une souveraineté limitée à ses « satellites ».

21 octobre 1969 : Willy Brandt élu chancelier fédéral
Sa politique étrangère innovante brise le tabou : il reconnaît officiellement la RDA et entretient de bonnes relations diplomatiques avec la Pologne, l'Union soviétique et d'autres pays du bloc de l'Est. Cette Ostpolitik ouvre une nouvelle phase des relations avec la RDA et lui a vaudra le prix Nobel de la paix en 1971.
Ce rapprochement diplomatique permet d’assouplir la circulation de certaines catégories de personnes entre les 2 pays. Les retraités est-allemands, par exemple, peuvent être autorisés à voyager à l’Ouest et les ressortissants de l’Ouest ont la possibilité d’effectuer des séjours de courte durée dans les régions de RDA proches de la frontière.

21 décembre 1972, signature du « Traité fondamental ».

A travers ce traité, les deux États allemands reconnaissent que la souveraineté de chacun se limite à son propre territoire. Il met fin à l’idée que seule la RFA représente l’Allemagne, en attendant la perspective d'une réunification. La RDA est alors également reconnue par les pays occidentaux.

septembre 1973 : Les Allemagnes à l’ONU
La RFA et la RDA deviennent simultanément membres de l'Organisation des Nations unies.

12 septembre 1974 : l’Ethiopie sous dictature communiste
L'emprise soviétique s’accentue en Afrique, à la faveur de la chute du régime impérial de Hailé Sélassié. L’URSS prend également pied en Guinée, au Mozambique et en Angola.

30 avril 1975 : chute de Saïgon, repli américain
La guerre du Viêtnam s’achève. Elle aura marqué profondément les années 60 et le début des années 70, et reste l’un des symboles de la lutte des États-Unis contre l'expansion du communisme dans le monde pendant la guerre froide.

1er août 1975 : Conférence d'Helsinki
En Europe, les relations Est-Ouest s'améliorent. La conférence rassemble les membres de l'OTAN, ceux du Pacte de Varsovie et les États neutres. L'accord d'Helsinki porte à la fois sur la non-intervention dans les affaires intérieures, sur les questions militaires, sur la coopération économique, technique et scientifique, et sur les principes démocratiques

17 septembre 1978 : Accords de Camp David
Après le retrait américain du Viêt-Nam, véritable repli stratégique, les États-Unis continuent à défendre leurs zones d'influence. Ces accords, qui règlent le retrait israélien de la péninsule du Sinaï, permettent la réintégration de l’Egypte dans l’orbite américaine.

16 octobre 1978 : le Pape est polonais

Karol Józef Wojtyła est élu sous le nom de Jean-Paul II. Il se démarque dans la succession des papes, non italien, jeune (66 ans) et surtout il vient de Pologne, un pays communiste, au delà du rideau de fer. Son soutien aux mouvements d’ébranlement du joug communiste sera décisif.

17 juillet 1979 : les sandinistes au pouvoir au Nicaragua
L’Union Soviétique avec Cuba, profite du peu d'intérêt que le président Carter porte au Nicaragua pour devenir les nouveaux alliés du front sandiniste qui renverse le dictateur Somoza

24 décembre 1979 : l'armée soviétique envahit l'Afghanistan
L'URSS cherche à soutenir le pouvoir communiste en place confronté à une guérilla contre-révolutionnaire menaçante. Le président Américain Jimmy Carter ordonne le boycott des Jeux Olympiques organisés à Moscou en 1980 et décrète un embargo sur les exportations de céréales vers l'URSS. L'ONU adopte une résolution condamnant cette invasion militaire. L'élection du républicain Ronald Reagan à la présidence des États-Unis, le 4 novembre 1980, refroidit encore davantage les relations américano-soviétiques.

31 août 1980 : Signature des accords de Gdansk
Le gouvernement polonais cède. Après les grèves et les troubles consécutifs à la hausse des prix, nés des chantiers navals de Gdansk, le gouvernement communiste polonais cède. Il signe les accords de Gdansk le 31 août 1980, avec Lech Walesa, leader du syndicat indépendant Solidarnosc. Un message fort aux pays du pacte de Varsovie, pour la première fois la ligne dure du Parti communiste n’enclenche pas de féroce répression contre un mouvement de protestation.


11 mars 1985 : Gorbatchev prend la tête de l’URSS
Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev devient Secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique. Au centre de sa politique, 2 mots : Glasnost : transparence, et Perestroïka : restructuration. Deux mots qui vont définitivement changer la face du monde, en conduisant à une libéralisation économique, culturelle et politique et à la signature d’accords de désarmement. Gorbatchev obtient pour ces efforts le prix Nobel de la paix en 1990. 

6 décembre 1988 : l’Armée rouge diminue ses effectifs dans les pays satellites
Le n°1 soviétique Mikhaïl GORBATCHEV annonce devant les Nations-Unies que 50.000 soldats de l’Armée Rouge vont quitter leurs cantonnements des Etats de l’Est européen. En Occident, on interprète cette décision comme la volonté gorbatchévienne de ne plus défendre à tout prix et par la force les régimes non-démocratiques des « pays frères » qui forment le bloc socialiste

Février 1989 : L’URSS se retire d’Afghanistan
L'Union soviétique décide unilatéralement de quitter l’Afghanistan, les troupes gouvernementales doivent faire face à l’intensification des combats soutenus par le Pakistan voisin et ses Moudjahiddines, mais aussi par les états occidentaux dont les États-Unis qui financent et arment des groupes islamistes pour lutter contre le pouvoir en place.

2 mai 1989 : le rideau s’entr’ouvre en Hongrie
Des gardes-frontières hongrois obéissant aux consignes du gouvernement cisaillent consciencieusement la double rangée de barbelés électrifiés, permettant ainsi la fuite vers l’Ouest de nombreux Allemands de l’Est. L’ordre est donné de ne pas tirer sur d’éventuels fugitifs.

4 juin 1989 : débâcle du POUP aux élections polonaises

Les premières élections législatives libres permettent au syndicat Solidarnosc, devenu mouvement politique, de faire une entrée en force sur la scène politique, en devenant la 2ème force politique du pays après le Parti Ouvrier Unifié Polonais.

19 août 1989 : Mazowiecki 1er ministre en Pologne
Après le ralliement de 2 partis minoritaires à Solidarnosc, le président Jaruzelski se voit contraint de désigner à la tête du gouvernement un membre de la direction du syndicat, proche conseiller de Lech Walesa. Il devient le premier chef de gouvernement non communiste depuis 1947.

18 octobre 1989 : La Hongrie renonce au stalinisme
La constitution stalinienne est officiellement abandonnée, le pays adopte le pluralisme politique.

Mai – octobre 1989 : manifestations du lundi à Leipzig
Clamant « Wir sind das Volk! » (Nous sommes le peuple) des centaines de milliers d’habitants de la RDA protestent chaque semaine contre le pouvoir. Mikhaïl Gorbatchev indique que l'Union soviétique n'interviendra pas pour réprimer les mouvements qui agitent la RDA. Le 9 octobre les autorités capitulent finalement devant la foule pacifique, soit près de 70 000 manifestants réunis à Leipzig. Un processus de changement irréversible est engagé.
 

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Commentaires

édito

par
Jean-Luc
Hees

Chers auditeurs de Radio France et d’ailleurs, bienvenue sur ce site !
Vous le savez déjà, le 9 novembre prochain l’Europe entière commémorera l’un des plus importants événements du siècle dernier : la chute du Mur de Berlin. Premier groupe radiophonique français, acteur incontournable de l’information et de la culture européenne, Radio France se devait, au-delà d’une régulière coopération journalistique et musicale avec ses homologues allemands, d’être aux premières loges.
Afin d’accorder à ces célébrations toute la place qu’elles méritent, les sept chaînes de Radio France (France Inter, France Info, France Bleu, France Culture, France Musique, Fip et le Mouv’) se mettent à l’heure berlinoise, contribuant chacune à un programme unique et exceptionnel de 24 heures, diffusé en direct de la capitale allemande.
Vous trouverez ici de nombreuses informations sur cette édition spéciale – détail des diverses manifestations, débats historiques, concerts en direct, programmation musicale, intervenants prestigieux –, mais également des photos et des vidéos inédites sur les émissions et les coulisses de l’opération.
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